Du Maroc au Pakistan, la BM pointe les freins au travail des femmes
199
La Banque Mondiale (BM) a présenté, mardi 11 novembre à Rabat, un rapport sur l’emploi des femmes dans la région MENAAP (Moyen-Orient, l’Afrique du Nord, l’Afghanistan et le Pakistan), qui affiche le taux d’activité féminine le plus bas au monde, avec une moyenne de 25% contre 40% dans les pays à revenu comparable.
Les femmes diplômées sont souvent confrontées à une stagnation ou à une baisse de leur participation, notamment au Maroc, en Égypte et en Iran, d’après le bulletin d’information économique de la région MENAAP « Emplois et femmes : Talents inexploités, croissance non réalisée ».
Les barrières juridiques et sociales profondes continuent de freiner leur participation au marché du travail. De nombreuses femmes prêtes à travailler ne trouvent pas d’emplois répondant à leurs besoins en matière de sécurité, de flexibilité ou de compatibilité avec les responsabilités domestiques. Le manque de services formels de garde d’enfants, d’options de transport sûr et les normes sociales assignant aux femmes un rôle domestique renforcent ces contraintes.
Du côté des employeurs, la discrimination — qu’elle soit explicite dans les offres d’emploi ou implicite dans les décisions d’embauche et de promotion — limite davantage les opportunités offertes aux femmes. Par ailleurs, les cadres réglementaires de certains pays limitent encore leur accès à certains secteurs ou professions. Ces obstacles sont aggravés par la dynamique générale du marché du travail, dans une région où la faible création d’emplois dans le secteur privé a contribué aux taux de chômage des jeunes les plus élevés du monde.
Un manque à gagner substantiel
Par conséquent, les taux de participation des femmes au marché du travail sont en moyenne inférieurs à 20% dans de nombreux pays de la région, alors que la moyenne mondiale est de plus de 50%. Or, les simulations macroéconomiques montrent que l’élimination des distorsions de genre pourrait augmenter le taux d’activité féminine de près de 50% en Égypte et de 38% au Pakistan, et générer une hausse du PIB (Produit Intérieur Brut) par habitant de 28% et 25% respectivement.
Le rapport appelle, à ce propos, à une approche globale combinant l’amélioration des services tels que la garde d’enfants de qualité, des arrangements de travail flexibles, la dynamisation du secteur privé pour créer davantage d’emplois, et des réformes légales courageuses en matière de droits parentaux et d’équité des pensions.
Au cours de la présentation de ce rapport, l’économiste en chef pour la région MENAAP à la Banque mondiale, Roberta Gatti, fait remarquer que la région fait face à un défi démographique majeur avec une croissance de 40% de la population en âge de travailler d’ici 2050, tout en connaissant une baisse rapide de la fertilité qui pourrait mettre sous pression les systèmes de santé et de retraite.
Un cadre légal encourageant au Maroc
Dans ce contexte, l’augmentation de la participation des femmes au marché du travail représente une solution naturelle et stratégique pour la région, estime Mme Gatti, qui relève que certains pays de la région ont réalisé des progrès notables en matière de participation féminine au marché du travail, citant l’Arabie Saoudite, le Pakistan et la Tunisie.
Le Maroc figure parmi les rares pays de la région à avoir obtenu de bons résultats dans l’indice « Women, Business and the Law » de la Banque mondiale, se distinguant positivement en termes de cadre légal, indique l’économiste en chef.
Parmi les recommandations spécifiques contenues dans le document, figurent le renforcement de la sécurité et de la protection contre le harcèlement, le développement des services de garde d’enfants et des infrastructures de transport, l’adoption et l’application de lois garantissant l’égalité de salaire, l’interdiction de la discrimination et la protection des femmes dans le recrutement, la promotion et le licenciement, ainsi que la promotion de l’entrepreneuriat féminin et la facilitation du télétravail.
Force est de constater que l’atonie du marché du travail pénalise aussi bien les femmes que les hommes. La création d’opportuités reste la clé de voûte pour dynamiser l’emploi, ce qui profitera aux deux sexes au bout du compte. Car, même avec l’élimination de tous les freins précités, l’activité féminine ne pourra pas décoller en l’absence de débouchés suffisants pour tous.
2025-11-11 17:20:13
www.challenge.ma





