<linearGradient id="sl-pl-bubble-svg-grad01" linear-gradient(90deg, #ff8c59, #ffb37f 24%, #a3bf5f 49%, #7ca63a 75%, #527f32)

Santé : une visibilité à renforcer

Santé : une visibilité à renforcer

Santé : une visibilité à renforcer

Au moment où des groupes privés dans le secteur de la santé envisagent une accélération de leur extension, les médecins exerçant dans le cadre libéral se sentent menacés. Pendant ce temps, la refonte du secteur public de santé avance, mais lentement, «à pas de tortue». Cette «danse macabre», entre secteur public, secteur libéral et secteur privé, gagnerait à être plus visible pour les premiers concernés que sont les citoyens.

Le groupe Akdital envisage la création de «centres de diagnostic de proximité». Les syndicats des médecins libéraux y voient une menace et dénoncent le risque d’une «marchandisation» de la santé. En fait, c’est là un processus global de «libéralisation/privatisation», entamé depuis plusieurs années. Ce processus qui ne peut mener que vers un Maroc inégalitaire,  n’a pas été abandonné. Certes, le discours et la manière de procéder ont changé. Mais, les objectifs stratégiques de désengagement de l’Etat sont maintenus. 

En effet, le secteur de la santé navigue actuellement à vue, entre une logique purement mercantile, et une prolétarisation des professionnels de la santé, en particulier les médecins. Le «serment d’Hippocrate» risque d’entrer dans le «musée de la préhistoire» et avec lui les principes humanistes qui, pendant longtemps, ont permis d’éviter que la vie humaine devienne une simple valeur marchande comme n’importe quelle marchandise. Est-ce le vrai-nouveau visage du système de santé en émergence ?

Officiellement, de grands projets publics sont mis en avant, dans le cadre d’une «refonte du système de santé». Quelques chiffres en attestent. Le projet de loi de finances de l’année 2026 (PLF-2026) a prévu 8 000 postes budgétaires (PB), l’an prochain, contre 6 500 PB, en 2025, soit une hausse de plus de 23%. Les dépenses de fonctionnement passent d’un montant global de 23,57 MMDH, en 2025, dont 67% représentent la masse salariale (Personnel), à 27,85 MMDH, en 2026, dont presque 60% représentent la masse salariale (Personnel). La baisse du coût du Personnel (-7%) est paradoxale, compte tenu de la hausse du nombre de PB. Les dépenses d’investissements passent de 9 MMDH, en 2025, à 14,50 MMDH, en 2026, soit une hausse de plus de 61%. Pour les SEGMA (Services de l’Etat gérés de manière autonome) relevant du ministère de la Santé et de la protection sociale, le montant des dépenses d’exploitation est passé de 785,20 MDH, en 2025, à 623,25 MMDH, en 2026, soit une baisse de plus de 20%. Ainsi, la baisse de la rémunération du «capital humain» dans le secteur public de la santé ne peut que favoriser l’immigration des professionnels de santé vers l’étranger ou le choix d’exercer dans le secteur privé. Il en est de même de la baisse des dépenses d’exploitation des SEGMA. Cette baisse, objectivement, favorise les «entreprises médico-commerciales». Serions-nous face à un développement d’infrastructures sanitaires sans ressources matérielles courantes, et avec une carence en «capital humain» ?

En effet, il a été lancé un programme national de réhabilitation de 83 hôpitaux, avec une capacité de 8 700 lits, dont 1 729 opérationnels, en 2025, et 2 056 lits opérationnels à l’horizon 2028. Cinq nouveaux CHU devront voir le jour  dans les villes d’Agadir, Laâyoune, Errachidia, Guelmim et Béni Mellal, en plus de la reconstruction de l’hôpital Ibn Sina, à Rabat, avec une capacité globale estimée à 3 807 lits. La «réhabilitation» concerne également les CHU dans les villes de Fès, Casablanca, Rabat, Marrakech et Oujda, avec une dotation d’équipements et de «matériel médical de pointe». En milieu rural, 950 centres de soins (CS) auraient déjà été réhabilités, sur 1 400 CS prévus. Les services d’urgence figurent parmi les priorités, selon les déclarations du ministre de la Santé. A ce niveau, actuellement, le dispositif public dispose de 155 services d’urgence dont 100 services dans les hôpitaux locaux et provinciaux, 24 services dans les hôpitaux régionaux et universitaires et 31 services spécialisés. Cette «offre» aurait été renforcée par 110 «unités d’urgences médicales de proximité» et 9 «unités de régulation médicale». Néanmoins, un aspect mérite d’être éclairé : combien le ministère concerné dispose-t-il de médecins urgentistes spécialisés ?

Un nouveau mode d’organisation du secteur public de santé est dans le pipe, avec une Haute Autorité de la Santé, des Groupes Sanitaires Territoriaux (ayant le statut d’établissements publics et non plus de SEGMA), l’Agence Marocaine des Médicaments, et l’Agence Marocaine du Sang. C’est là, en fait, comme indiqué au début, une continuité du processus de désengagement de l’Etat, dans un secteur pourtant vital et stratégique en matière de sécurité (au sens le plus noble et le plus large) de la population. Avec certes un vocabulaire différent, «plus adapté». 

Et pourtant, malgré tous ces projets déjà présentés par le ministre de la Santé devant la Chambre des représentants, au mois de juillet 2025, huit femmes ont récemment perdu la vie, en moins d’une semaine, dans un hôpital public (maternité) à Agadir. Une commission a été diligentée pour enquêter sur ce drame. Des marchés publics (MP) ont été massivement lancés en dérogeant aux règles prévues par le décret régissant les MP. Le risque principal est de «convaincre les citoyens», en se basant sur la notion en vogue de «bonne gouvernance», que l’ «unique alternative» serait de «jeter le bébé avec l’eau sale du bain», pour justifier le processus de désengagement de l’Etat en cours, c’est-à-dire remettre en cause le service public, et donc le droit à la santé, en tant que droit humain fondamental.

C’est dans ce contexte, que l’on peut situer le bras de fer récemment engagé entre la «médecine exercée dans un cadre libéral», mais traditionnellement bien encadrée juridiquement et déontologiquement, et les «entreprises médicales privées» qui semblent vouloir passer à une vitesse supérieure. Une opacité règne en général dans le «partenariat public privé», et en particulier dans le domaine de la santé dont la spécificité évidente impose un encadrement juridique rigoureux et sévère.

En effet, si le secteur libéral traditionnel de la santé bénéficie déjà d’un cadre juridico-déontologique et d’une structuration syndicale pour défendre l’exercice de l’«art de la médecine», ainsi que ses intérêts (ce qui est légitime), tel n’est pas le cas des «entreprises médico-commerciales» dont le cadre reste à définir. Le mode de fonctionnement de ces dernières étant basé actuellement, principalement sur la logique lucrative et financière. Certes, par précaution, le groupe Akdital a soumis pour avis un dossier au Conseil de la Concurrence avant d’entamer son extension, en créant des «centres de diagnostic de proximité». Mais la question ne se limite pas uniquement aux risques inhérents à une concurrence déloyale. Il en va de la santé humaine qui ne peut, en aucun cas, être réduite à une logique mercantile. C’est le domaine où les citoyens doivent réellement se sentir égaux et solidaires. Un être humain malade ne doit faire l’objet d’aucune discrimination du fait de son milieu social ou des revenus dont il dispose ou non. Certes, actuellement, la réalité est tout autre. Mais, c’est cette réalité qui mérite d’être transformée pour pouvoir donner véracité et substance à la notion d’Etat social, actuellement répétée dans les discours officiels. Au sommet de l’Etat, le Souverain a dénoncé ce risque de consécration d’un «Maroc à deux vitesses», voire à plusieurs vitesses. Et c’est en particulier le cas dans le domaine de la santé. 

Par ailleurs, la logique mercantile de fonctionnement d’une «entreprise médico-commerciale», en l’absence d’une réglementation déontologique spécifique et restrictive, ne peut pas ne pas porter atteinte aux valeurs fondamentales consacrées aussi bien dans le secteur public de la santé que dans le secteur de la «médecine libérale». Certes, la loi 131-13 sur l’exercice de la médecine, notamment les articles 2, 33, 45 et 117, tracent des limites pour éviter  que la médecine soit pratiquée comme un commerce et pour sauvegarder l’indépendance des médecins dans l’exercice de leur métier, ainsi que le principe juridique de l’intuitu personae qui engage contractuellement le médecin avec son patient. Une entreprise privée, qui de plus est cotée à la Bourse, a pour objectif principal d’accroitre sa rentabilité et ses profits. C’est ce qu’exigent ses actionnaires, anonymes et sans aucun état d’âme. Avec les moyens dont elle dispose, l’«entreprise médico-commerciale» sera inévitablement concurrente, de manière déloyale et immorale, par rapport aux médecins exerçant aussi bien dans le public que dans le cadre libéral. Ces derniers, face à la concurrence, risquent d’assister à une dégradation graduelle et sinueuse de leurs conditions professionnelles et de leurs ressources. Une situation appelée à évoluer vers une «prolétarisation», voire une «paupérisation» des médecins publics ou libéraux, c’est-à-dire leur intégration progressive dans un «cadre privé purement salarial», régi par la précarité morale et matérielle. Et, à long terme, le grand perdant n’est autre que le citoyen, en termes de «déshumanisation» des rapports sociaux. 

Le serment d’Hippocrate : des valeurs et des principes menacés
Même s’il n’a pas de valeur juridique, le serment d’Hippocrate est considéré comme l’un des textes fondateurs de la déontologie médicale. Ce serment est une preuve que la soumission de la médecine à la logique mercantile est une grave déviation, au risque de devenir sans âme. Cette déviation découle de la pensée néolibérale devenue unique et totalitaire, en vidant la médecine de sa dimension humaniste, et en excluant toute autre alternative.

Voici le texte dudit serment tel que revu en 2012.
“Au moment d’être admis(e) à exercer la médecine, je promets et je jure d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité.
Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux.
Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J’interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l’humanité.
J’informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences.
Je ne tromperai jamais leur confiance et n’exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences.
Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me les demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire.
Admis(e) dans l’intimité des personnes, je tairai les secrets qui me seront confiés. Reçu(e) à l’intérieur des maisons, je respecterai les secrets des foyers et ma conduite ne servira pas à corrompre les mœurs.
Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément.
Je préserverai l’indépendance nécessaire à l’accomplissement de ma mission. Je n’entreprendrai rien qui dépasse mes compétences. Je les entretiendrai et les perfectionnerai pour assurer au mieux les services qui me seront demandés.
J’apporterai mon aide à mes confrères ainsi qu’à leurs familles dans l’adversité.
Que les hommes et mes confrères m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré(e) et méprisé(e) si j’y manque.”

La médecine au 21ème siècle : se préparer à de nouveaux défis
Autrefois, au début de la médecine, au moment où la science faisait ses premiers pas, le « médecin »  était perçu comme un « sorcier » ou un « chaman », plus tard comme un « guérisseur » (…). L’évolution se fera sur plusieurs siècles, voire plusieurs millénaires. A certains moments, la médecine va même être combattue, notamment pendant la période religieuse obscurantiste, et Moyen Âge, en Europe. Les œuvres d’Ibn Rochd et d’Ibn Sina circulaient en cachette, sous la menace de l’Inquisition, police de l’Eglise. C’est surtout au milieu du 19ème siècle, en Europe, que la médecine va se développer et devenir une science à part, une discipline et un art. Paradoxalement, les guerres vont favoriser son développement (multiplication des maladies et des blessés, opérations chirurgicales fréquentes, expérimentation sur des cadavres…). Au cours des dernières décennies, de nouveaux domaines vont être prospectés, notamment la chirurgie esthétique. Avec l’effondrement du « bloc de l’est » et l’extension dans le monde du néolibéralisme, au cours des années 1980, le TINA (There is no alternative) de Thatcher, renforcé par la « fin de l’histoire » d’un Francis Fukuyama, la médecine/santé humaine n’échappera pas à l’extension de la logique mercantile qui va envahir tous les aspects de la vie. C’est surtout le cas de l’industrie et du commerce du médicament dans le monde, actuellement détenu en particulier par des multinationales. Aujourd’hui, la médecine est à la croisée des chemins. Comme d’autres sciences et disciplines, elle connait de profondes mutations sous l’effet des nouvelles technologies de l’information et de la communication, et, de plus en plus de l’intelligence artificielle. Elle est donc appelée à faire face à de nouveaux défis inhérents à ces évolutions, ainsi qu’au vieillissement des populations dans le monde et aux conséquences du réchauffement climatique, en termes d’apparition de nouvelles maladies et souffrances, physiques mais aussi, de plus en plus, mentales. 

2025-12-04 09:15:00

www.challenge.ma

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

AVERTISSEMENT : Non agréé AMMC. Contenu strictement informatif/éducatif. Pas de conseil ni recommandation. Abonnement couvre uniquement frais serveurs, APIs, dev et maintenance. Vous êtes seul responsable de vos décisions.

X
error: Content is protected !!
Retour en haut